Der Aal

Quand je recommence à écrire, je redeviens spontanément écrivaine. Ma voix intérieure, que j’ai réveillée après des mois de silence, ne cesse de parler, constamment, des heures et des heures à la faveur de la nuit, et mon sommeil n’est plus qu’un coma fort animé. Je fais un jeu avec l’alphabet pour me rendormir, je cherche le premier mot que je connaisse qui commence par des suites de lettres arbitrairement choisies. Le mot allemand ‘der Aal’, l’anguille, me traverse l’esprit, je le chasse, il revient en se faufilant, et avec lui l’image désobligeante de cette tête de cheval en décomposition pêchée par un personnage du Tambour, d’où des dizaines d’anguilles s’échappent par les orbites. Je crois me tromper soudain, je superpose cette scène à celle du soldat enterré vivant face à une tête de cheval mort dans Au revoir là-haut. Ce matin, je fais quelques recherches. La tête de cheval pourrissante et souriante figure bien dans les deux ouvrages.

Le nom commun le plus court commençant par abc est abcès.

Edma, Edma qui ne reconnaissait plus personne, Edma s’en est allée vraiment, nous a quittés, tous quittés pour de bon. Je la tiens là au chaud, elle infuse toujours.

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