Dès que je suis laissée libre, seule avec moi-même, quelques jours, mes pensées reviennent toujours vagabonder dans les mêmes paysages, ceux d’une identité que je cherche encore, que j’ai manquée, qu’il est encore temps de vivre pleinement, sans doute ; enfin c’est ce qui me vient lorsque j’essaie de me raisonner sur ce temps qui passe et qui semble écraser celui qui me reste, ou en tout cas la perception que j’en ai.
Je ne vis pas la vie que j’aurais dû mener. Enfin si. Ce n’est pas ça. Je ne vis pas complètement toutes ces personnes que je suis. Je n’habite pas ce monde en toute honnêteté. Parce que je m’interdis d’être cette partie de moi que je suis.
Je me vois libre, en casquette-baskets-skate. Je suis écrivain en casquette-baskets-skate. Je possède les trois objets. J’essaie les baskets, mais mes orteils s’enflamment, je peux les mettre quand je regarde la télé. Je pose mes pieds sur la table basse et cette vision, la vision de mes pieds dans ces baskets, me surprend.
A la maison, je porte toujours une casquette, visière en arrière. C’est ce qui me va le mieux. Mais au-dehors, c’est très difficile. Non, c’est impossible. Pour oser le faire, il faut que je sois loin de chez moi, il faut que je sois entre parenthèses, en voyage, une personne à réinventer… C’est plus difficile qu’un coming-out. Plus difficile qu’un carnaval. Parce que me montrer en casquette à l’envers, c’est comme avancer nue. Voici qui je suis. Une femme de 46 ans en casquette à l’envers. Avec des grosses baskets.
Et au travail, je ne peux pas. Je ne peux vraiment pas.
Je ne suis pas en phase. Personne ne me connaît vraiment. C’est aussi tentant. De changer. De bousculer. D’être vue comme je me vois.
Je dédie ces quelques lignes à Leo Baker.
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